Publié le 13 août 2026 par Priscilla Gout
PEPR IA DAYS : « les équipes du Couvent sont présentes pendant tout l’événement »
Les pierres du Couvent des Jacobins ont résonné des échanges autour de l’intelligence artificielle.
Entre 160 et 180 scientifiques du programme de recherche PEPR IA et leurs partenaires se sont retrouvés au centre des congrès de Rennes du 22 au 24 juin 2026. Rencontre avec les co-organisateurs pour le CNRS : Lucas Taligrot, chargé de programmes PEPR Cybersécurité et PEPR IA, et Massih-Reza Amini, directeur-adjoint scientifique en charge de l’IA et co-directeur du PEPR IA.
Quelle est la mission du PEPR IA (Programme Equipement Prioritaire de Recherche en Intelligence Artificielle) ?
M-R. Amini : Revenons un peu en arrière… En 2017, le président de la République a demandé au mathématicien et député Cédric Villani un état des lieux de l’IA en France. Le constat a été que le pays était en retard, notamment par rapport aux USA et à la Chine. Une stratégie nationale en intelligence artificielle (SNIA) a donc été élaborée en 2018, déclinée en 3 phases de 4 ans chacune, avec un budget de 3,5 milliards d’euros.
La première phase a vu le lancement de grands programmes comme le PEPR IA, et le développement d’infrastructures comme le supercalculateur Jean Zay opéré par le CNRS. Un PEPR est un programme de recherche fondamentale dans un domaine jugé stratégique pour la France. Exploratoires ou stratégiques, les 44 PEPR sont opérés par l’Agence nationale de la recherche, financés par France 2030 et conduits par des pilotes scientifiques. Le PEPR pour l’intelligence artificielle est copiloté par le CNRS, Inria, le CEA.
Pouvez-vous nous parler des PEPR IA Days ? Comment se sont passées ces journées ?
L.Taligrot : Deux événements annuels majeurs sont liés au PEPR IA, dont les PEPR IA Days. Leur organisation est confiée aux copilotes du PEPR IA, à tour de rôle. L’édition 2026 incombait au CNRS. On y rassemble toute la communauté de notre programme de recherche, à laquelle s’ajoutent nos partenaires : la communauté académique, les institutionnels, les industriels. On y présente les avancées scientifiques de l’année écoulée, des liens se nouent entre industriels et chercheurs…

Ces Journées ont été vraiment plaisantes. Tout s’est très bien passé, tant avec les équipes du Couvent des Jacobins qu’avec le traiteur. Je connais bien le Couvent : en tant que chargé de programme cybersécurité, je participe chaque année à l’European Cyber Week qui s’y tient. J’y étais aussi en début d’année pour les Trans Numériques. Alors quand on m’a demandé d’organiser les PEPR IA DAYS à Rennes, il était évident pour moi que l’événement ait lieu au Couvent.
Ses équipes sont toujours très pro, présentes de A à Z pendant tout l’événement ; en amont, elles n’hésitent pas à proposer leur aide, avec des points réguliers sur tous les aspects de l’organisation. Si je pouvais, j’organiserais plus souvent des événements ici !
Nous avions réservé la Nef pour les keynotes, la plénière et les présentations de résultats scientifiques. Nous avons fait pas mal de sessions parallèles entre la Nef et les Dortoirs et les participants ont circulé sans problème entre les deux car tout était bien indiqué. Les échanges de ces 3 jours, enregistrés par les équipes du Couvent, vont être diffusés sur notre chaîne YouTube.
De même, nous étions au Couvent pendant un épisode de canicule, alors nous avons apprécié la fraîcheur offerte par ce bâtiment en pierres !
Quels sont les enjeux de l’IA en France ?
M-R. Amini : Nous avons pris le train en marche, mais nous ne sommes finalement trop en retard sur les USA et la Chine. Ce qui nous différencie de ces pays, c’est la prise en compte d’un développement responsable de la science. On parle beaucoup éthique, explicabilité, IA de confiance, IA démocratique, IA pour le bien de la société, IA comme aide à la décision et non comme une machine qui prend des décisions toute seule… Ce sont des questions que l’on se pose depuis plusieurs années et que les Américains commencent à se poser. Comme l’écrivait Rabelais, « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Quelle est la place de Rennes dans l’écosystème IA?
M-R. Amini : Rennes est l’un des grands centres numériques en France, la ville accueille de nombreux chercheurs en IA. Il existe sur le territoire national 9 clusters IA portés par des universités avec une envergure nationale, dont un à Rennes qui s’appelle SequoIA. Le CNRS pilote le réseau des ingénieurs du programme national en recherche en IA (PNRIA) dont je suis directeur scientifique. 20 ingénieurs sont basés sur 5 unités en France ; ils accompagnent les projets en IA de la communauté scientifique sur le supercalculateur Jean Zay. Une des unités est basée à l’IRISA à Rennes.
L.Taligrot : Pour preuve, nous avons tenu une session commune à la fin des PEPR IA Days pour faire émerger de potentielles collaborations entre le PEPR et le cluster.
(Propos recueillis par Béatrice Ercksen)