Publié le 10 février 2026 par Priscilla Gout
POPL 2026 à Rennes : un autre modèle d’événement est possible
Du 11 au 17 janvier 2026, Rennes a accueilli la 53e édition de POPL, conférence de référence internationale dans le domaine du numérique.
Environ 700 chercheurs du monde entier en langages de programmation se sont réunis au Couvent des Jacobins. Sandrine Blazy, professeure à l’Université de Rennes, chercheure à l’IRISA, et présidente l’édition 2026, revient sur les enjeux et les enseignements de l’événement, et sur la réussite de cette édition pas comme les autres !
Parlez-nous de la conférence POPL…
La conférence POPL – Principles of Programming Languages – réunit des chercheurs en sciences informatiques autour des fondements des langages de programmation, un sujet d’actualité pour fiabiliser et sécuriser des logiciels de plus en plus présents dans notre quotidien. Parmi les plus anciennes conférences du domaine informatique, POPL est aussi la plus prestigieuse dans le domaine des langages de programmation. Elle est portée par l’ACM (Association for Computing Machinery), la plus grande société savante internationale dédiée à la recherche en sciences informatiques.
POPL est un rendez-vous d’une semaine complète plutôt dense, structurée autour d’un tronc commun – une conférence principale et plusieurs autres conférences – et des événements en parallèle : des tutoriels présentant des logiciels issus de la recherche, des workshops sur des thèmes ciblés, des événements de mentorat de jeunes scientifiques, une compétition de posters étudiants, sans oublier quelques événements sociaux (soirées, visites organisées).
Pourquoi avoir souhaité organiser POPL à Rennes ?
Directrice adjointe de l’IRISA – le plus important laboratoire de recherche public en France du CNRS de par le nombre de ses membres – jusqu’en décembre 2025, j’ai reçu la médaille d’argent du CNRS en 2023. Lorsque le comité de pilotage m’a proposé de présider le comité d’organisation de cette 53e édition, il était initialement envisagé de l’organiser dans une capitale européenne. J’ai accepté cette responsabilité à la condition que cette édition se déroule à Rennes. Il s’agissait de la 4e édition organisée en France, après Paris en 1997 et 2017, et Nice en 2007. J’ai commencé à préparer cet événement un an et demi à l’avance. C’est le genre de rendez-vous qu’un scientifique organise tout au plus une fois dans une carrière !
Pour moi, Rennes était une évidence, car c’était l’occasion de valoriser le très riche écosystème de recherche rennais, et en particulier l’IRISA et ses tutelles dont l’université de Rennes, le CNRS et Inria. Heureuse coïncidence, le comité de pilotage était présidé par un professeur américain qui avait effectué il y a plus de 25 ans son premier stage de recherche à l’IRISA dans le cadre d’un programme d’échange franco-indien, et qui s’est enthousiasmé pour le choix de Rennes.
Enfin, cela a été l’occasion de réunir la communauté française du domaine, mais aussi d’accueillir de jeunes chercheurs internationaux susceptibles de candidater à des postes à Rennes par la suite. De nombreux participants étrangers n’avaient jamais entendu parler de la ville et de son écosystème de recherche.
Organiser POPL à Rennes, c’était une vraie prise de risque ?
Plusieurs questions se sont posées, notamment sur l’accessibilité depuis Paris pour des participants venant principalement d’Europe, des États-Unis ou d’Asie, ainsi que sur la capacité hôtelière de Rennes. Finalement, l’événement ayant lieu en janvier, l’ensemble de ces craintes ont été dissipées et tout s’est déroulé dans de très bonnes conditions.
La plupart des éditions se tiennent dans de grandes villes américaines, comme Denver en 2025, dans des hôtels de grande capacité, où l’hébergement, la restauration, les conférences et les moments de convivialité sont regroupés. Cette année, l’objectif était de démontrer qu’il est possible d’organiser une conférence de cette importance en France, selon un autre modèle, plus humain, pour un coût équivalent et sans aucun compromis sur la qualité de l’hébergement, des repas, de l’environnement et des équipements techniques.
Quelles étaient les principales contraintes liées à l’organisation d’un tel événement ?
Au-delà d’une grande accessibilité et d’une capacité d’hébergements suffisante, il nous fallait un certain niveau de confort et des moyens audiovisuels performants. Les conférences se déroulaient de 9h à 18h, pendant 7 jours, avec jusqu’à 7 événements en simultané. Il était également nécessaire d’avoir à disposition des espaces pour les échanges informels.
Une partie des conférences était diffusée en direct sur YouTube et les participants à distance pouvaient également poser des questions en direct. L’ACM dispose de son propre matériel vidéo, mais dans les grands hôtels, pour limiter les coûts, il est souvent nécessaire d’apporter beaucoup d’équipements, jusqu’à la moindre rallonge électrique, pour des résultats parfois inégaux. Au Couvent des Jacobins, il a suffi de « se brancher sur la prise » ! Le matériel est de pointe et parfaitement adapté. Et l’équipe technique de POPL constituée d’étudiants bénévoles a été ravie de pouvoir collaborer avec l’équipe technique du Couvent des Jacobins, qui lui a mis à disposition ses équipements audiovisuels.
La multiplicité des hébergements a-t-elle posé des difficultés ?
La mise en place d’un partenariat avec un hôtel unique était complexe compte tenu des volumes de chambres à réserver. De plus, certains événements n’ont été confirmés que tardivement afin de laisser aux participants la possibilité de s’inscrire jusqu’à un mois avant l’événement. Ils se sont donc logés par leurs propres moyens. Mais grâce aux informations fournies par le Bureau des Congrès de Rennes, ils ont pu trouver facilement leur hébergement, chacun selon leur budget.
La situation très centrale du Couvent des Jacobins et le fléchage mis en place par la ville a largement facilité les déplacements. Les participants rejoignaient le centre des congrès en une dizaine de minutes à pied.
Quelle a été l’expérience des participants venus du monde entier ?
Nous avons eu beaucoup de retours très positifs, certains m’ayant écrit personnellement pour me faire part de leur satisfaction. Beaucoup ont souligné la qualité des conditions d’accueil, notamment le confort des assises et de l’acoustique, la présence d’espaces de rencontres mais également le caractère historique du bâtiment et la localisation très centrale du centre des congrès. Ils ont particulièrement apprécié de pouvoir séjourner en centre-ville, ce qui leur a permis de découvrir l’art de vivre à la française, dans les rues, les cafés, les restaurants et les magasins. De mon côté, j’ai tenu à proposer un menu traiteur différent chaque jour, ainsi que des pauses permettant de découvrir des spécialités bretonnes.
Enfin, le programme a été enrichi par plusieurs temps forts : des visites guidées de Rennes ; une présentation historique du Couvent des Jacobins ; deux soirées sur place, (une soirée jeux de société financée par un sponsor, et une autre soirée avec une animation culinaire et présentation de posters de travaux étudiants) ; un dîner réunissant une cinquantaine de représentantes féminines (peu nombreuses dans cette discipline !) ; un autre dîner réunissant la cinquantaine de personnes ayant aidé à l’organisation de la conférence ; et enfin, des déjeuners spéciaux permettant soit de réunir des communautés, soit de faire du mentorat ou de réunir en mode hybride des comités de pilotage des différents événements.
Pour conclure, quels enseignements tirez-vous des retours des participants et de cette édition ?
Organiser ce type d’événement dans un centre des congrès d’une métropole de taille moyenne était certes un parti pris, mais une université ne dispose pas des moyens nécessaires pour accueillir une manifestation de cette ampleur, ni pour gérer les nombreuses tâches afférentes.
Cette édition rennaise montre qu’un autre modèle d’organisation est possible pour des événements internationaux de grande envergure, pour un prix similaire et sans concession sur la qualité. Et je pense que nous avons relevé ce défi haut la main !
- Plus d’informations sur POPL 2026
La 53e édition de POPL en chiffres :
- 7 jours de rencontres.
- Environ 700 participants d’une trentaine de nationalités.
- Environ 400 exposés scientifiques, dont plus de 200 disponibles YouTube.
- 4 conférences, 9 workshops, et 9 tutoriaux.
- 4 événements à destination des jeunes chercheuses et chercheurs.
- 7 événements sociaux.








