Publié le 09 mars 2026 par Priscilla Gout
5 questions à Julia Dehais, administratrice générale de l’Orchestre National de Bretagne
Le Couvent des Jacobins, partenaire des grands rendez-vous de l’ONB.
Arrivée à la tête de l’Orchestre National de Bretagne en janvier 2026, Julia Dehais porte un projet à la fois artistique, territorial et citoyen, entre ouverture à de nouveaux publics, ancrage en Bretagne et nouveaux formats au centre des congrès de Rennes.
Acteur majeur de la scène musicale bretonne, l’Orchestre National de Bretagne partage son activité entre les concerts au Couvent des Jacobins, à l’Opéra de Rennes et au Théâtre national de Bretagne, la saison lyrique de l’Opéra de Rennes et les représentations hors-les-murs, en Bretagne, en France comme à l’étranger. Depuis l’ouverture du centre des congrès en 2018, il y a donné plus de 130 concerts ! Sa nouvelle administratrice Julia Dehais revient sur son parcours, les grandes orientations qu’elle souhaite donner à l’ONB et la place du Couvent des Jacobins dans cette dynamique.
Julia Dehais, comment votre parcours vous a-t-il menée jusqu’à Rennes ?
Diplômée d’un Master en ingénierie culturelle, mon parcours s’est construit entre le Théâtre de Caen, l’Opéra de Dijon, où j’ai évolué pendant onze ans, puis la Cité musicale-Metz où j’ai passé 5 ans et demi.
J’ai commencé ma carrière au Théâtre de Caen puis à l’Opéra de Dijon, en tant que chargée d’action culturelle, en cœur des écoles et des quartiers sensibles. Cette expérience a profondément influencé ma vision du métier : penser la relation aux publics dans toute sa diversité. Devenue directrice des publics puis secrétaire générale, j’ai ensuite élargi mes missions aux sujets de communication, de marketing et de mécénat.
À Metz, en tant que secrétaire générale de la Cité musicale, j’ai découvert un écosystème plus vaste, de la musique classique aux musiques actuelles, et cette ouverture a nourri mon parcours.
Fin 2025, j’ai saisi l’opportunité de rejoindre l’Orchestre National de Bretagne : le projet artistique de l’Orchestre m’a enthousiasmée et la Bretagne est ma région de cœur depuis toujours. Je mesure aujourd’hui ma chance de pouvoir y vivre tout en prenant la direction de l’Orchestre !
Quels sont vos projets pour l’Orchestre National de Bretagne ?
La configuration de l’Orchestre National de Bretagne, en format Mozart, avec 37 musiciens, lui donne une vraie agilité. Son statut associatif facilite également les projets artistiques innovants autour de l’éducation artistique et culturelle.
J’ai « amené dans ma valise » un projet artistique et citoyen, À l’unisson, qui vise à faire grandir l’ONB en rassemblant toutes ses forces : les musiciens, l’équipe administrative, les partenaires, les différents publics…. L’idée est de penser une programmation ouverte à tous, les familles, les jeunes, les scolaires, mais aussi les personnes éloignées de l’offre culturelle pour des raisons géographiques, sociales ou économiques.
Cela ne consiste pas seulement à se demander si une œuvre plaira, mais si elle résonne avec les enjeux de la société actuelle et peut toucher des publics variés, avec des concerts pour enfants dès 3 ans, des formats « familles », des concerts le midi, des rendez-vous saisonniers (Halloween, Noël…) ou des concerts « relax » adaptés aux personnes en situation de handicap psychique.
Plusieurs axes guident mon projet : maintenir l’excellence artistique de l’orchestre bien sûr, renforcer son ancrage territorial, développer les actions auprès des écoles et des publics empêchés, et veiller à la place des femmes dans la musique classique – compositrices, cheffes d’orchestre ou solistes – dans la programmation à venir.
Je souhaite enfin poursuivre le développement territorial de l’ONB en Bretagne, en collaborant avec de nouvelles villes, petites ou grandes. L’objectif n’est pas seulement de venir jouer un concert et de repartir, mais de créer un dialogue avec les habitants. Les Bretons doivent pouvoir se dire que l’ONB est leur orchestre.
Vous qui portez un regard neuf sur l’activité de l’ONB, en quoi le Couvent des Jacobins est-il un outil adapté à ses concerts ?
J’ai découvert le Couvent des Jacobins à l’automne 2025, lors du Forum des Orchestres. J’ai été frappée par la singularité du lieu : c’est à la fois un centre des congrès magnifique, une salle de spectacle, des espaces d’exposition et de réception, tout cela en plein cœur de la ville…
Pour l’ONB, c’est un outil de travail précieux. Avec l’Opéra de Rennes, c’est aujourd’hui l’un de ses principaux lieux de représentation. Le Couvent des Jacobins nous permet d’accueillir des programmes de plus grande ampleur, avec des effectifs renforcés. Ce sont deux lieux très complémentaires : l’un se prête davantage aux formats « Mozart » et musique de chambre, l’autre aux représentations de plus grande ampleur.
Quel rôle joue le mécénat dans le développement de l’Orchestre ?
L’Orchestre National de Bretagne bénéficie du soutien de ses partenaires institutionnels, avec un financement équilibré. C’est une base solide. Mais, dans le contexte actuel, marqué notamment par la hausse des coûts de déplacement et d’hébergement, la marge artistique se réduit. Le mécénat est donc un levier essentiel pour maintenir l’ambition de la programmation. Les soirées de gala jouent, à ce titre, un rôle important. Celle du jeudi 12 mars, Murmures de la forêt, en est l’exemple. Nous espérons recueillir de nombreux dons !
Le mécénat, c’est aussi le Cercle Symphonia, un club d’entreprises partenaires qui permet aux dirigeants de partager leur engagement pour la musique tout au long de l’année, à travers des rencontres, des échanges avec les artistes et des invitations aux concerts.
« Il faut penser la venue au concert comme une expérience, avant, pendant et après. »
Pour conclure, pouvez-vous nous en dire plus sur la programmation à venir, notamment au Couvent des Jacobins ?
Marc Feldman a fait un travail très intéressant sur le crossover et les musiques de traditions bretonnes. Mon travail sera de trouver un juste équilibre entre ces rencontres musicales appréciées du public et le répertoire classique. Une chose est sûre : le public breton continuera à être surpris, par de nouveaux formats, de nouvelles manières de venir au concert. Il faut penser la venue au concert comme une expérience, avant, pendant et après.
Au-delà de la soirée du 12 mars, l’un des grands rendez-vous de 2026 est J’ai 2 amours – Hommage à Joséphine Baker, les 20 et 21 mai 2026. Cette œuvre créée par l’Orchestre national de Picardie a été co-commandée par cinq orchestres français. C’est un projet intéressant à plusieurs titres : par son thème, bien sûr, mais aussi par la logique de coopération qu’il incarne, dans un esprit de mutualisation et d’écoresponsabilité du spectacle vivant. Et le centre des congrès de Rennes, très actif en matière de RSE, est le lieu idéal pour ce projet.
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